20-10-2017
 
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PORTRAIT DU PÈRE EN TEMPS DE GUERRE

documentaire, vidéo HD, couleur,
88' -  2016

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BIENTÔT

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résumé

Avec comme toile de fond l'Occupation allemande de la Grèce (1941-1944), ce film raconte l'histoire d'amour entre mon père, assistant-professeur au mystérieux Institut Scientifique Allemand d'Athènes - financé par l'Allemagne occupante mais en réalité refuge d'étudiants résistants - et Nelly, jeune étudiante en Beaux Arts.
Il dessine aussi le portrait de leur ami Rudolf Fahrner, fondateur de l'Institut, compagnon des frères Stauffenberg et l'un des rares conjurés de la tentative d'assassinat contre Hitler, le 20 juillet 1944, à avoir survécu à la répression qui s'ensuivit.




note de l'auteur

Mon film est basé sur les lettres de mon père à son amie Nelly. Ces lettres - plus de mille pages - écrites d'une main fine presque tous les jours entre 1939 et 1944, ne racontent pas seulement leur histoire d'amour mais découvrent, en filigrane, un panorama extraordinaire du quotidien vécu par les deux jeunes gens et leurs amis sous l'occupation allemande. Puis, mon père devant se rendre en Allemagne à la fin de la guerre, elles décrivent, au sens littéral du terme, la fin d'un monde.

J'ai voulu rendre, dans ce film, la complexité humaine d'une situation historique qui est d'habitude représentée en termes de polarisation (occupants-occupés, collaborateurs-résistants, bourreaux-victimes etc.) et ainsi simplifiée de manière parfois indue. C'est en se plaçant du côté du vécu quotidien des deux amants - et de leur ami Rudolf Fahrner -, très différents de caractère voire contradictoires dans leur perception de la réalité politique et des choix qui en résultaient pour eux, que j'ai essayé de signifier les éléments multiples de l'histoire.

Portrait du père en temps de guerre est une histoire d'amour et de résistance, une réflexion sur les mécanismes de la mémoire, individuelle et collective, mais pose surtout une question simple, malheureusement toujours d'actualité : comment résister, par la pensée, par la poésie, à la barbarie ?



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Fahrner, Nelly, mon père




L'Institut Scientifique Allemand d'Athènes

L'Institut Scientifique Allemand d'Athènes est une anomalie dans l'histoire de la deuxième guerre mondiale, une exception à priori incompréhensible mais qui prouve à posteriori et à contrario que les choses sont toujours plus complexes qu'on veut bien l'admettre.


Les Nazis ont fondé, dans les pays qu'ils avaient occupés, une douzaine de tels instituts, organes de propagande dont la tache étaient de promouvoir la langue et la culture allemande -ou ce qu'ils considéraient comme telles- auprès des classes bourgeoises, éventuellement collaboratrices, des populations soumises. Des bourses d'études pour étudiants désireux de se rendre en Allemagne, y étaient également distribuées.


Jouant habilement sur l'admiration que Hitler lui-même vouait à la Grèce antique, Rudolf Fahrner, à qui échoit la tâche de fonder l'Institut d'Athènes, impose aux autorités que celui-ci ne serve qu'à la culture et non pas à la politique (= propagande), y interdit le port d'uniformes et fait respecter scrupuleusement cette interdiction pendant toute la guerre, y organise avec mon père des séminaires de philosophie et d'histoire, des lectures et des concerts, traduit des textes antiques avec les frères Stauffenberg qu'il invite, bref en fait un haut lieu d'études quasiment extra-territorial où selon les témoignages unanimes de tous ceux, Grecs ou Allemands, à l'avoir fréquenté de près ou de loin, aucun officier, aucun SS, aucun membre du parti n'a jamais mis le pied.


Il est difficile d'appréhender plus de soixante-dix ans plus tard une réalité qui semble tout simplement incroyable. Dans un pays asservi par les Allemands, des étudiants appartenant à la Résistance - certains, comme le philosophe Castoriadis ou l'homme politique Theodoropoulos, sont devenus célèbres - se rendent plusieurs fois par semaine à un Institut financé et géré par les Nazis qui, aux dires de tous, sans exception, constitue néanmoins une oasis de liberté dans cette ville occupée. Les mots d'ordre y sont: tolérance, ouverture d'esprit, cosmopolitisme. Et alors que la famine fait des ravages, Fahrner, mon père, Nelly et les autres étudiants survivent en discutant des grandes questions philosophiques. Le premier séminaire de mon père a pour objet Le rire !


 

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PORTRAIT DU PERE EN TEMPS DE GUERRE


... comment dire avec des mots la transparence lumineuse de ce film?

Eva Stefani, cinéaste 


Timon Koulmasis, qui, comme son père Petros, est né en Allemagne et y a vécu la résistance de sa famille exilée contre la dictature des colonels (1967-1974) et l'histoire mouvementée des années '70,  travaille aujourd'hui entre Paris et Athènes. Habitant la mémoire et le cinéma, il filme avec douleur et l'espoir les lettres de son père à la peintre et sculptrice aimée, Nelly Andrikopoulou; et comme son père il résiste à la barbarie; il mise sur le cinéma, la poésie et la dignité de la vie.

Dresde en noir et blanc, le souvenir qui la recouvre, l'Histoire entr'aperçu à travers un trou de serrure; le cosmopolite, l'étranger partout, dans les couleurs pensives de la forêt allemande; l'Institut Scientifique Allemand à Athènes (1941-1944), la figure étrange de son fondateur Rudolf Fahrner et sa relation intime avec les frères Stauffenberg; des travellings, parfois précis, parfois en esquisse, entre les lignes manuscrites, entre les pays, des regards qui cherchent une vérité intérieure. Et Athènes, où tout est clair, lumineux - malgré tout; et Nelly qui regarde l'auteur des lettres pendant l'époque de l'Occupation allemande, qui nous regarde, avec courage, libre, forte. Ses lettres à Petros Koulmasis ont disparu, mais Timon Koulmasis la laisse répondre dans son film. Et sa réponse est désarmante, elle réconcilie. Avec le présent, l'avenir.

Dans Portrait du père en temps de guerre, je ne prétends pas savoir, mais cherche à comprendre," dit le cinéaste, "à faire voire - dans les interstices - ce qui n'est pas visible dans les images seules. L'histoire devient une question de réflexion et non de citation. Le film n'est pas une chronique d'évènements 'historiques' mais une série d'instant vécus dans l'Histoire, avec toute la charge d'émotion qu'ils contiennent."

Sofia Michailidou - Goethe-Institut


"Portrait du père en temps de guerre" est bien plus qu'un documentaire à la mémoire du père. Avec des images poétiques, et grâce aux pages manuscrites des lettres et les récits  simples de la nonagénaire Nelly, Timon Koulmasis "documente" et interroge avec sensibilité l'histoire d'une amitié gréco-allemande qui résiste à la barbarie de son époque. Entre la parole et le silence, ce film décrit l'histoire inconnu de l'Institut Scientifique Allemand et de son fondateur, Rudolf Fahrner, un véritable philhellène pendant les années troubles de l'occupation allemande.  

Kostas Kalfopoulos - Kathimerini, 23.10.2016


Les lettres, récits, photos et images d'archives inédites, tournées par des soldats allemands,  relient la grande image à la petite, l'histoire de le l'Europe en guerre à la vie quotidienne de deux jeunes gens qui survivent à la destruction dans un milieu littéraire et artistique protégé. (...)

Ce n'est pas tant la relation entre le père et le fils et encore moins le cliché d'un "amour pendant la guerre" qui importent dans ce film. Ni l'émotion en face de la perte et des changements incessants, des petites joies et du grand deuil, de la générosité et la peur, des conditions. Dans "Portrait du père en temps de guerre" nous devenons conscients du fait que les "temps de guerre" connaissent beaucoup de nuances, de gradations et de tonalités. Ils ne sont jamais noirs ou blancs. Héros et traitres, collaborateurs, occupants, bourreaux et victimes. Il y avait des Allemands que horrifiaient les Nazis, qui suivaient avec une angoisse profonde ce qui se passaient dans leur pays, qui souffraient de la faim mais n'en mouraient pas, qui survivaient sans capituler devant l'ennemi.

Rien n'est seulement noir ou blanc. Où il n'y a pas d'endroit pour le doute, le totalitarisme l'emportera.  

Maria Katsounaki - Kathimerini, 30.10.2016


Ces lettres ne racontent pas "seulement" une histoire d'amour. Elles dissèquent la vie quotidienne à Athènes sous l'Occupation allemande, mais aussi le rôle de l'Institut Scientifique Allemand. (...) Un amour avec "doubles identités" dans les années obscures.

Kostas Terzis, Avgi - 26.10.2016


J'admire le courage de rendre public en Grèce une histoire, certes émouvante du fait des lettres d'un père, mais qui met en question l'image historique officielle constituée exclusivement d'héroïsme pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ici ce sont des antihéros tellement extraordinaires... des hommes et des femmes tellement quotidiens...  

Natassa Domnaki - L'agence presse d'Athènes


Une image vaut mille mots, dit un adage chinois. Pour décrire ce film, il faudrait d'innombrables pages, en couleur et en noir et blancs.  

Irène Gavala - kosmonea

Κύριε Κουλμάση, θα μπορούσαμε κατ' αρχάς να δούμε το «Πορτραίτο του πατέρα σε καιρό πολέμου» ως μέρος μιας (άτυπης;) τριλογίας, μαζί με την «Ουλρίκε» και τη DW, ταυτόχρονα ένα «γράμμα προς τον πατέρα» μέσα από τα γράμματα του πατέρα προς τη Νέλλη Ανδρικοπούλου;

Ακριβώς. Ισχύουν και τα δύο. Το Πορτραίτο του πατέρα σε καιρό πολέμου, συνεχίζει μια σειρά ταινιών όπου οικογενειακές ή προσωπικές ιστορίες αντιπαρατίθενται με τη συλλογική μνήμη ιστορικών γεγονότων ή εποχών. Το πρώτο μου ντοκιμαντέρ, Ulrike Marie Meinhof (1994) ξεκινά από αναμνήσεις της παιδικής και εφηβικής μου ηλικίας - την φιλία μου με την κόρη του ιδρυτικού μέλους της Φράξια Κόκκινος Στρατός- για να αποκαλύψει μια κρυφή ανθρώπινη πτυχή της γυναίκας που έγινε μετά τον θάνατό της ένας απρόσωπος μύθος, και να φωτίσει κάποιες όψεις της πολιτικής ιστορίας, την ένοπλη πάλη στη Γερμανία της δεκαετίας του ΄70. Πιό πρόσφατα, η ταινία Λόγος και Αντίσταση (2010) έχει ως αφετηρία την εξορία της οικογένειάς μου τα χρόνια του ΄60 - η μητέρα μου ήταν στρατευμένη στην αντίσταση κατά της χούντας των συνταγματαρχών- προκειμένου να αναζητήσει αυτό που μένει σήμερα, στην συνείδηση των ανθρώπων στην Ελλάδα, από αυτό το επεισόδιο του φασισμού στη χώρα κι επίσης από τις ελπίδες και τις υποσχέσεις που δημιούργησε η ανάκτηση της δημοκρατίας. Και σίγουρα, αυτή είδικά η ταινία είναι επίσης ένα γράμμα στον πατέρα" που υπήρξε μια σημαντική προσωπικότητα στην ζωή μου και μέχρι σήμερα με έχει σημαδέψει.    

 

Στην ταινία υπάρχουν, αλλού έντονα κι αλλού διακριτικά, τα στοιχεία ενός «γερμανικού πνεύματος και πολιτισμού» (deutscher Geist, deutsche Kultur), δηλ. ο νεανικός έρωτας, η αλληλογραφία, η επιθυμία (Sehnsucht), η παιδεία, ο ιδεαλισμός, αλλά και τα ιδανικά μιας γενιάς.  

Η ταινία αναφέρεται στην τελευταία γενιά προτού η Ιστορία "τελειώσει", όταν κυριαρχεί η ανείπωτη φρίκη - ο Δεύτερος Παγκόσμιος Πόλεμος, το Αουσβιτς, η Χιροσίμα - που σήμαινε για την γενιά αυτή την απόλυτη καταστροφή ενός κόσμου με ανθρώπιστικά ιδεώδη. Το ερώτημα γι' αυτήν ακριβώς την πραγματικά γερμανική "επιθυμία" (η λέξη Sehnsucht δεν μεταφράζεται), που "σφράγισε" αυτή τη γενιά διατυπώνεται διαφορετικά: "Πώς μπορεί κανείς να ζήσει με βάση τις αξίες της ζωής;". Και κατά κάποιον τρόπο το κατάφερε. Πάντα υπάρχει μέσα στα πράγματα μια μυστική μελωδία κι εμεις καλουμαστε να την εντοπίσουμε, όταν ο πόλεμος είχε τελειώσει προ πολλού. Από αυτή τη σκοπιά, έμεινα "ο γιος του πατέρα μου".    

 

Παράλληλα, υπάρχει το στοιχείο μιας Kulturgeschichte ανάμεσα στη Γερμανία και την Ελλάδα, σε σχέση με τα πρόσωπα και τα πράγματα που εμπλέκονται ανάμεσα στον πατέρα σας και τη Νέλλη Ανδρικοπούλου, κυρίως αναφορικά με τον Fahrner και το DWI, στους δύσκολους καιρούς του πολέμου. Γιατί αυτή ακριβώς η Kulturgeschichte είναι τόσο αδύναμη σήμερα, στην εποχή των αμοιβαίων στερεοτύπων, των προκαταλήψεων και της πολεμικής εκατέρωθεν;  

Αυτό το ερώτημα με απασχολεί χρόνια τώρα. Ο κριτικός λόγος, που είναι σε θέση να "πάρει θέσει" στις ειδικές ιστορικές συνθήκες, πέρα από κλισέ και ιδεολογικές επιρροές, δεν έχει βέβαιεα εξαλείφθεί, αλλά πάντως δεν ακούγεται. Σημαντική ευθύνη γι'αθτό φέρουν και τα τηλεοπτκά ΜΜΕ, στη νεοφιλελεύτερη εκδοχή τους, αν και είναι ακόμα πρόωρο να εκτιμήσουμε κατά πόσον το Διαδίκτυο αποτεεί τη πραγματική εναλλακτική απάντηση στη ενημέρωση. Πάντως, θα πρέπει να είμαστε πολύ προσεκτικοί  και να αποφεύγουμε τις απλουστευτικές απαντήσεις σε πολύπλοκες κοινωνικές διεργασίες. Γεγονός είναι πάντως πως ζούμε σε μία '"α-ιστορική περιοδο" κι η "επιστροφή στην βαρβαρότητα" δεν αποκλείεεται.    


O Ρούντολφ Φάρνερ, ο διευθυντής του Γερμανικού Ινστιτούτου Επιστήμών,  ήταν μια σημαντική προσωπικότητα που σχετίζεται μάλιστα με τον Στάουφενμπεργκ τον παρ'ολίγον δολοφόνο του Χίτλερ, αλλά και τον "ποιητικό κύκλο " γύρω από τον Στέφαν Γκεόργκε.  Το ίδιο και ο πατέρας σας και, βέβαια, η Νέλλη Ανδρικοπούλου. Μήπως η απουσία τέτοιων προσωπικοτήτων δυσχεραίνει επί πλέον τη σημερινή δύσκολη κατάσταση στην ελληνογερμανική (αλληλο)κατανόηση;  

Σίγουρα, αλλα ταυτόχρονα τιθεται το ερώτημα για τον λόγο αυτής της απουσίας ή γιατι δεν εισακούονται άνθρωποι με ελεύθερο πνεύμα, με ανοιχτό μυαλό. Η Νέλλυ Ανδρικοπούλου μου περιέγραψε τον Φάρνερ, ο οποίος βοήθησε πολλούς Ελληνες στην διάρκεια της κατοηής, ωσ εξής: "Καθόταν στο καφενείο, πεπεισμένος ότι πίνει νέκταρ, αντικρίζοντας την Ακρόπολη. Η σύντροφός του φορούσε αρχαίες ενδυμασίες, εσθήτες. Επεφταν βόμβες κι εκείνος μετέφραζε Ομηρο. Αυτοί οι άνθρωποι είχαν μια ακράδαντη πίστη και γι'αυτό  δεν μεταμορφώθηκαν σε κανίβαλους. Πρέσβευαν αξίες που ήταν σημαντικότερες από όλες τις στοιχειώδεις, υλικές αξίες". Το πρόβλημα είναι αυτή η απώλεια των αξίών ή η μετάθεσή τους σε μία α- ιστορική εποχή.  


Πώς αισθάνεται ο σκηνοθέτης -γιος απέναντι στο «πορτραίτο του πατέρα σε καιρό πολέμου» στη διάρκεια των γυρισμάτων και, βέβαια, βλέποντας το ντοκυμανταίρ μετά την ολοκλήρωση;  

Ένα από τα λίγα πλεονεκτήματα αυτής της εξαιρετικά δύσκολης σκηνοθετικής δουλειάς και των συνθηκών της - μου πήρε 6 χρόνια να την ολοκλρώσω - ήταν ο πρόσθετος χρόνος που είχα στην διάθεσή μου. Αυτο με βοήθησε να αποκτήσω την απαραίτητη απόσταση, που είναι το ίδιο αναγκαία όσο και η "εγγύτητα" με τα πρόσωπα της ταινίας, ώστε να ισορροπήσω ανάμεςα στο υποκειμενικό βλέμμα και στην αναδρομή σε μία ιστορική περίοδο και την συλλογική μνήμη, που είναι κάτι παραπάνω από το άθροισμα των μεμονωμένων αναμνήσεων, για να "αναπαραστήσω" σε σκήνες και να τη φωτίσω. Υπάρχει η απόσταση του χρόνου. Αλλά η η δυσκολία αφορά κυρίως αυτό που θα μπορούσαμε να αποκαλέσουμε το ταυτόχρονο στην Ιστορία, στην κάθε ιστορία. Η αλλιώς, δεν μπορούμε να διηγηθούμε τα πράγματα όπως συνέβησαν διότι θα πρέπει να διαχωρήσουμε και να βάλουμε σε μια σειρά, προκειμένου να δομήσουμε μια αφήγηση, όσα στην πραγματικότητα αναμειγνύονται άρρηκτα.  Ετσι, είναι αδύνατο να αναπαραστήσουμε τα πάντα. Το αληθινό διακύβευμα αποτελεί λοιπόν η ανάγκη να βρεθεί ένα κινηματογραφικό ύφος, τέτοιο ώστε η αφήγηση να συμπεριλαμβάνει, σε κάποιο άλλο επίπεδο, το κενό και τις σιωπές που περιέχει. Στη Δρέσδη ένιωσα κάποια στιγμή τη φρίκη: η σιωπή της Ιστορίας, η απουσία, η απόλητη εξαφάνιση. Ούτε εικόνα ούτε παρελθόν. Οταν βλέπω σήμερα την ταινία ολοκληρωμένη, δεν μπορώ να πω παρά αυτό: προσπάθησα να είμαι ειλικρινής. Εφτασα στα όριά μου. Το αποτέλεσμα θα το κρίνουν άλλοι.


Comment est né ce film?

Tout a commencé par ce coup de fil, il y a quelques années. "Timon, j'ai un dégât des eaux, il faut que tu viennes tout de suite", m'enjoignait la voix joyeuse de ma vieille amie Nelly - elle n'avait alors que 88 ans - quand je décrochais le téléphone. Elle appelait d'Athènes. Pensant qu'une réponse du style : "pourquoi tu ne fais pas venir un plombier?" lui paraîtrait indigne de notre amitié, je répondis "d'accord" et partis de Paris avec le prochain avion.

Nelly avait été le premier grand amour de mon père. Ils s'étaient rencontrés en 1938, à Athènes, avaient vécu paix et guerre et l'occupation allemande ensemble avant qu'ils ne soient séparés violemment par l'Histoire, dispersés entre plusieurs pays sans possibilité de communication. Se retrouvant des années plus tard, chacun ayant refait sa vie, ils étaient restés amis jusqu'à la mort de mon père.

En arrivant à Athènes, j'ai retrouvé Nelly dans son spacieux appartement, situé en contre-bas du mont Lycabette, parmi des cartons et des centaines de feuilles de papiers étalées sur les tables, canapés, chaises, sur le piano à queue, par terre... "Ce sont des lettres de ton père," m'a-t-elle dit sans autre précision. Elle les avait littéralement sauvées des eaux après avoir oublié leur existence pendant plus de soixante ans. "Elles sont à toi."

Ces lettres - plus de mille pages - écrites d'une main fine presque tous les jours entre 1939 et 1944, ne racontent pas seulement leur histoire d'amour mais découvrent, en filigrane, un panorama extraordinaire du quotidien vécu par les deux jeunes gens et leurs amis sous l'occupation allemande. Puis, mon père devant se rendre en Allemagne à la fin de la guerre, elles décrivent, au sens littéral du terme, la fin d'un monde.

Il m'a semblé que leur histoire et celle de l'étrange figure que fut Rudolf Fahrner, qui s'y dessinent, incarnaient la complexité humaine d'une période historique peu connue - l'occupation allemande de la Grèce -, qu'à travers leurs récits et leurs corps, mon père et Nelly donnaient un visage à l'Histoire.

 

La question de la mémoire individuelle et collective se trouve au cœur de votre réflexion de cinéaste documentaire.

Portrait du père en temps de guerre s'inscrit, dans mon travail, dans une série de films où j'utilise un souvenir familial ou personnel pour le confronter à la mémoire collective d'un événement ou d'une époque historique.

Ainsi mon premier documentaire Ulrike Marie Meinhof (1994) part de mes souvenirs d'enfance et de jeunesse - mon amitié avec la fille de la fondatrice de la Fraction Armée Rouge - pour révéler la face cachée, humaine, de cette femme devenue un mythe impersonnel après sa mort et éclaircir certains aspects de l'histoire politique de la lutte armée des années '70 en Allemagne.

Plus récemment, Parole et Résistances (2010) prend comme point de départ l'exil de ma famille dans les années soixante - ma mère s'était engagée dans la résistance contre la dictature des colonels - pour réfléchir sur ce qui reste, dans la conscience des hommes en Grèce, aujourd'hui, de cette épisode du fascisme dans le pays et des espoirs et promesses que sa chute avait suscités.

Pour Portrait du père en temps de guerre j'ai suivi la même démarche. Ma proximité avec les personnes filmées m'a permis d'investir, par la mise en scène, le lien ténu entre le souvenir du témoin qui se libère en confiance et la mémoire collective (qui est à l'évidence plus que la somme des souvenirs individuels) d'un événement.

 

Comment voyez-vous ce rapport ?

Il est complexe, fragile. Pour Proust, un souvenir est une sensation qui constitue un signe. Plusieurs signes, même éloignés, créent du sens, créent la mémoire. Pour St. Augustin, la mémoire est une force de l'âme qui se rappelle des connaissances et perceptions du passé, et donne ainsi un sens à la vie

Mais la mémoire a sa propre logique qui échappe à notre volonté et intelligence. Elle est soumise aux émotions que nous éprouvons. Elle vise l'équilibre de la personnalité dans le présent et non l'objectivité dans la représentation du passé. C'est pourquoi, contrairement à ce que l'on croit communément, ce n'est pas le rappel des souvenirs qui est la première fonction de la mémoire, mais l'oubli. La mémoire commence d'abord par masquer le passé, pour n'en laisser transparaître, au moment opportun, que ce qui nous est utile - ou tout simplement supportable.

 

Pour un cinéaste, l'idée d'une vérité historique, est donc au mieux une fiction, un vœux pieux, au pire un mensonge prétentieux ?

Bien sûr. Les témoignages doivent être complétés par une vision synoptique, et leur transposition dans l'art (film, roman...) paraît comme un des rares moyens adéquats pour tenter d'approcher sinon la vérité, forcément insaisissable, d'une époque au moins certains traits caractéristiques qui en feront apparaître la complexité.

 

Avec Portrait du père en temps de guerre vous vous êtes confronté à ce qui reste l'évènement crucial de l'Histoire du vingtième siècle, à la rupture absolue que constituent la deuxième guerre mondiale, Auschwitz, la destruction du monde humaniste. Cela pose la question de la possibilité d'une représentation du réel historique et donc du langage filmique.

Absolument. Il y a la distance dans le temps. Mais la difficulté consiste surtout dans ce qu'on pourrait appeler la simultanéité de l'Histoire, de toute histoire. Autrement dit, on ne peut pas raconter les choses comme elles se sont passées parce qu'on doit séparer et aligner, pour construire un récit, ce qui, en réalité est inextricablement mêlé. Aussi, ne peut-on pas tout représenter.

Le véritable enjeu consiste alors dans la nécessité de trouver une forme cinématographique qui, tout en racontant l'histoire, puisse intégrer, à un autre niveau, le vide et les silences qu'elle comporte. Il m'est apparu que la fragmentation d'un récit polyphonique, le traitement des images d'archives, la discontinuité créée par le montage constituent une réponse. Ils créent en soi un écart fondamental où ce qui ne peut être représenté peut résonner.

La forme discontinue évite une représentation préconçue de l'Histoire. Celle-ci y est devenir et non pas causalité, elle devient une question de réflexion et non de citation. Le film n'est pas une chronique d'évènements "historiques" mais une série d'instants vécus dans l'Histoire, avec toute la charge d'émotion qu'ils contiennent.

 

Cela vaut aussi pour l'utilisation des images d'archives.

Évidemment. L'entrée dans le champ de l'histoire passe par une relecture, une réappropriation des images d'archives.

 

Est-ce que c'est pour cela que avez traité ces images?

Oui. Dans Portrait du père en temps de guerre j'ai expérimenté certains traitements sur les images d'archives. La solarisation-irisation (d'images du monde d'avant-guerre en train de disparaître voire déjà disparu) en est un exemple ; tout comme la colorisation progressive, l'intervention sur la vitesse, la luminosité et le grain (de certaines images de la vie quotidienne pendant la guerre). Il s'agit de pousser les images à la limite du lisible, de creuser en quelque sorte le visible, de tenter de voir ce qu'elles voilent, de ce qui est derrière (la représentation), de faire sentir la présence de la vie, des choses (mêmes disparues).

Des cinéastes venus des Beaux Arts - Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, ou Peter Forgasz, par exemple - font des choses passionnantes dans ce domaine. Il y a aussi la question essentielle de la production d'une image que pose Harun Farocki.

Dans Portrait du père en temps de guerre, j'ai monté des images inédites de l'Occupation allemande de la Grèce filmées par des soldats allemands en Grèce. Je les ai trouvées après des mois de recherches chez des collectionneurs privés en Allemagne. Dans les mêmes endroits, au même moment historique, elle ne montrent pas les mêmes choses, ou de manière très différente, que, par exemple, les images saisissantes qu'a filmées Angelos Papathanassiou au risque de sa vie entre 1941 et 1944, les seules images que nous connaissions. C'est le rapport entre les deux qui est intéressant.


La bande sonore de Portrait du père en temps de guerre est extraordinairement suggestive. Comme dans tous vos films, on ressent un énorme travail sur le son et la musique.

Oui, pour moi et Aurique Delannoy qui a monté tous mes films, c'est champ de recherche et d'expérimentation permanent. Dans cet espace mémoriel que j'essaie de construire dans mes films, le hors champ sonore apporte une expérience perceptive, sensorielle. Il n'a pas pour fonction d'illustrer et encore mois de fournir un accompagnement dramatique. Il doit créer des tensions, des reflets, des atmosphères signifiantes et relier tous les différents niveaux (de temps et de sens) de la narration. Dans Portrait du père en temps de guerre elle intègre des mélodies et des bruits, des éclats de conversations et des chansons populaires, le roulement des chars et des compositions de musique classique et contemporaine, dans une œuvre originale.


L'histoire que raconte Portrait du père en temps de guerre est tragique - s'ils survivent, la guerre sépare les amants - mais le film n'est jamais triste.

Je pense que c'est surtout dû à l'extraordinaire présence du personnage principal, Nelly Andrikopoulou. Elle avait plus de 90 ans pendant le tournage, et après tout ce qu'elle a subi et vécu  - elle, mon père, leur génération -, elle termine le film avec cette phrase incroyable qu'elle adresse à mon père décédé :  „Que dire ? C'était comme ça. Mais c'était beau, Timon ! Ça, tu peux le lui dire."

 

Dans votre film vous réflétez cette beauté dans des images de la lumière de la mer Égée.

Je crois à une permanence des choses, un principe éthique si vous voulez. Je reste optimiste.

 

Si vous deviez résumer votre film en une phrase...

Portrait du père en temps de guerre est une histoire d'amour et de résistance, une réflexion sur les mécanismes de la mémoire, individuelle et collective, mais pose surtout une question simple, malheureusement toujours d'actualité : comment résister, par la pensée, par la poésie, à la barbarie ?






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Le jour où la guerre a éclaté, je me sentais comme une sardine qu'on coupe en deux. Puisque j'ai été élevée dans la culture allemande, je ne pouvais arracher l'élément allemand, pas plus que l'élément grec. Nous ne pouvions pas ne pas haïr les Allemands. Mais quelque chose en moi y résistait aussi. Pour ton père c'était pareil.
 
 Nelly  





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Sur instruction de Fahrner, le matériel de propagande est brûlé dans la cave de l'Institut. Ces documents ne sont jamais exposés lors de manifestations publiques. Fahrner est un adversaire des Nazis. Mais il reste prudent, même vis-à-vis de moi avec qui il entretient une relation de confiance. Après tout, je suis grec. Et donc suspect aux uns comme aux autres.
   mon père






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Et finalement l'Histoire, les événements ont imposé la solution.
 
 Nelly  
















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 avec 
  Nelly Andrikopoulou
     
 scénario, réalisation
  Timon Koulmasis
 image   Odysseas Pavlopoulos
Iro Siafliaki
Timon Koulmasis
 montage, sound design 
  Aurique Delannoy
 musique
  Eric Demarsan
 producteur   Carl-Ludwig Rettinger, Timon Koulmasis
 production   Lichtblick Film, Aia Films, WDR, ERT
Film- und Medienstiftung NRW, CNC
Goethe-Institut Athen, J.F. Costopoulos
Foundation




 
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