20-10-2017
 
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ULRIKE MARIE MEINHOF
documentaire, 16mm, couleurs, 61 min - 1994

Prix Europa 1994
Fipa d'argent 1995
Prix de la meilleure découverte documentaire au Festival International du Nouveau Cinéma de Montréal 1995
Forum International du Jeune Cinéma au Festival de Berlin 1995

sélections : Marseille, Lussas, Florence, Nyon, Belfort, New York, Cinémathèque Française...



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résumé

Ulrike Marie Meinhof, co-fondatrice de la Fraction Armée Rouge, en 1970, était considérée jusqu'à sa mort, en 1976, dans la prison haute sécurité de Stuttgart-Stammheim, comme le cerveau du groupe dit "Bande à Baader". La postérité l'a souvent réduite à une "ennemie de l'État" ou en a fait une "martyre". Ce film cherche à retrouver l'être humain derrière ces masques, sans pour autant négliger le contexte historique et les perspectives politiques.

Voyage à travers l'Allemagne moderne, le film est fait d'allers-retours entre un passé récent - les années 70 - et la mémoire intime de ceux qui furent les proches d'Ulrike Marie Meinhof. En exhumant cette part douloureuse de l'histoire allemande, le film ne désigne pas seulement la place qu'occupe Ulrike Meinhof encore dans la mémoire collective du pays : il la redéfinit.

 

 

note du réalisateur

Paysages du Nord: la mer, la lune -rouge- sur les hauts-fonds, bancs de terre découverts à marée basse. Le Bon Dieu menace l'enfant dans une berceuse de ne pas le reveiller le lendemain. "Der Tod ist ein Meister aus Deutschland". La mort est un maître d'Allemagne (Paul Celan). Et plus tard: "Qui ne se défend pas, meurt. Qui ne meurt pas, sera enterré vivant!" Ulrike Marie Meinhof, amie de mes parents et mère de ma meilleure amie. Souvenirs de mes années d'enfance en Allemagne.

L'Histoire est écrite par les vainqueurs, c'est un lieu commun. Mais on n'est pas obligé de l'accepter telle quelle. Dans mon film Ulrike Marie Meinhof, je n'ai pas cherché à trouver la vérité mais, pour le dire ave cles mots de Rilke, à "lire à travers la douleur et du lointain"; j'ai essayé de comprendre.

Timon Koulmasis

 

 

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Le moins qu'on puisse dire est que ce film, œuvre de vérité qui ne verse jamais dans la piété naive, est une réussite.

Cahiers du Cinéma - 2/1995


L'honnêté morale de Timon Koulmasis, son refus de tirer profit de la place qui lui est échue .... n'est pas seulement affaire de principe mais de vérité : la distance qu'il impose cerne avec justesse une femme connue de tous, emblème d'une génération, et méconnue de tous démeurant une énigme même pour ses proches. Ulrike Marie Meinhof, un documentaire qui cherche à comprendre, c.a.d. le contraire d'un reportage qui prétend savoir.

Frederic Strauss, Cahiers du Cinéma- 1/1995


Le film oscille entre l'effusion du souvenir (extraits de super 8 familiaux, temoignages de proches) et l'image sociale (archives télévisées) contre laquelle finalement il se dresse ... Le réalisateur, sous l'épopée sanglante de la terroriste, n'a de cesse d'exhumer l'irréductible cheminement d'une femme.

Jacques Mandelbaum, La Tribune Juive 2/2/1995


Ulrike Marie Meinhof est un portrait intime de celle dont le nom est devenu un tabou familial pendant 25 ans. Le film revèle le décalage profond entre la femme et l'image superficielle qu'en a donné son époque. Elle n'est ni la caricature sanguinaire dénoncée par les médias ni la « martyre » décrite par certains militants. ... Avec son parti pris « psychologique », Timon Koulmasis éclaire d'un jour nouveau la génération qui a suivi la guerre, celle des soixante-huitards.

Thérèse-Marie Deffontaines, Le Monde 26-27/2/1995



En lui rendant son image, sa voix, ce documentaire lui rend sa dignité.
Telerama, 25-2-1995


Or ce sont ces films-là qui ont été les grands moments du festival. Ulrike Marie Meinhof de Timon Koulmasis, d'abord, qui a bouleversé une assistance pour laquelle le personnage se reduisait sans doute à l'image sans nuances imposée par les médias, celle du fanatisme et de la violence de la bande à Baader, et qui découvrait, à travers des documents rares, parfois inattendues, et des témoignages sensibles, intelligents, une journaliste douée qui fut comparée à Rosa Luxembourg, une épouse aimée, une mère attentive, une théoricienne de la révolution plus déchirée qu'on ne l'a dit.

Le Monde diplomatique, janvier 95


***


Le film de Timon Koulmasis est analyse et requiem à la fois. Il décrit non seulement la personnalité d'Ulrike Meinhof mais dessine un portrait sensible de l'Allemagne de l'après-guerre. Il montre Ulrike Meinhof comme victime d'une névrose collective de son pays qui avait refoulé violemment son passé violent et était décidé de défendre le nouvel ordre avec violence.

Der Tagesspiegel, Berlin, 18/2/1995


Le film de Timon Koulmasis est tourné en couleur et noir et blanc, et des larges parties sont accompagnées de musique classique: une élégie. Elle rend justice à la personne, au cas individuel. Aucune élégie, par contre, ne pourra resoudre le mystère pourquoi il y avait alors autant de cas.

Frankfurter Allgemeine Zeitung, 1/3/1995


Aujourd'hui le panthéon de la gauche dans l'Histoire est en ruines. (...) Timon Koulmasis dessine avec impartialité la biographie d'une héroïne de l'histoire allemande récente. Le cinéaste suit le devenir d'Ulrike Meinhof, de ses années d'études et ses premiers contacts avec les mouvements pacifistes ainsi que son époque au journal konkret jusqu'à la fondation de la Fraction Armée Rouge, son arrestation et son suicidé présumé.Le film est basé sur du matériel privé inédit, et sur les témoignages de personnes qui lui était proches. Koulmasis dont les parents était des amis intimes d'Ulrike Meinhof et de son mari Klaus Rainer Röhl, insiste sur sa proximité avec la famille d'Ulrike Meinhof mais en assemblant les images et témoignages il sait garder la distance nécessaire. Le montage évite les effets et les images d'archives - même celles de l'incendie des grands magasins, de la prison ou de la mort d'Ulrike Meinhof - sont utilisées avec discrétion.
(...)
Ulrike Marie Meinhof est alors quelque chose comme la tentative de rendre visible, derrière la une des journaux et au-delà de l'image de la martyre révolutionnaire, une partie de l'histoire sociale de l'Allemagne fédérale d'après la guerre.

Frankfurter Rundschau, 18/2/1995
TROIS QUESTIONS À TIMON KOULMASIS

Questions de Christophe Postic pour Les Yeux de l'Ouie


Comment votre cinéma construit de l'altérité ?

altérité : question d'image, question cinématographique par excellence. Ulrike Meinhof eut une vie singulière dont le reflet a rejailli pendant longtemps sur le présent puis sur une mémoire collective. La postérité a mis des masques sur son identité véritable. Celui, simpliste, de l'assassin terroriste et celui, héroïsé, de la victime (du système, de son mari, de ses compagnons Baader et Ensslin, etc.). Pour comprendre l'histoire d'Ulrike Meinhof, il fallait d'abord détruire ces masques. C'est seulement ensuite que je pouvais construire l'image, nécessairement complexe, de l'être humain qu'elle fut avant de devenir une figure publique. Le film ne prétend pas savoir, il cherche à poser des questions avec le plus de justesse possible.


Qu'est-ce qui a motivé chez vous l'envie de faire ce film ?

Quand on a été si proche d'uneh istoire - Ulrike Meinhof était une amie très proche de mon père et j'ai grandi avec ses deux filles -, la question non pas du devoir mais de la responsabilité de faire ou ne pas faire se pose plutôt que celle d'une motivation quelconque (qu'elle soit psychologique ou relève de l'ordre de l'intérêt historique ou encore simplement du désir). Car si cette proximité permettait aux témoins privilégiés de (me) parler plus facilement, elle m'obligeait moralement à trouver la juste distance (personnellement et cinématographiquement) quand je me suis mis à interroger cette mémoire à la fois privée et collective, ce qui est très difficile. Après beaucoup de réflexion, il m'a semblé que c'était quand même possible et que c'était donc de ma responsabilité de faire ce film plutôt que de ne pas le faire.


Quelle réaction a suscité le film, particulièrement en Allemagne?


Le documentaire a brisé un tabou en Allemagne, c'était la première fois depuis vingt ans que le sujet des années de plomb fut abordé dans un film si librement. Depuis d'autres films ont pu se faire. Accessoirement, mon documentaire a provoqué un scandale au festival de Berlin 1995. Beaucoup de protagonistes de ces années, de tous bords politiques, n'étaient pas prêts à voir les masques tomber, à remettre en question leurs certitudes (bien confortables pour une conscience tranquille). Depuis le film a été diffusé dans une trentaine de pays.


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Klaus Rainer Röhl (ex-mari)
Après quelques mois, nous l'avons donc initiée aux mystères du communisme illégal...puisque le parti communiste était alors illégal.
 
 





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Astrid Proll (ex-RAF)
Il s'agissait, à l'époque, de trouver, en quelque sorte, l'Homme nouveau, capable de mener cette lutte, de transformer la société, et prêt à se changer lui-même.
 


 

     
avec 
  Astrid Proll, Klaus Wagenbach, Klaus Rainer Röhl,
    Peter Rühmkorf, Peter Coulmas, Freimut Duve,
    Monika et Jürgen Seifert, Ruth Walz
     
scénario et réalisation  
  Timon Koulmasis
image
  Jacques Bouquin
son
  Albert Rupf
montage
  Aurique Delannoy
producteur
  Fabrice Puchault - Yves Billon
production
  Les Films du Village, La Sept/ARTE, RTBF
    Lichtblick Filmproduktion, CNC, PROCIREP,
    Documentary - Média, Eurimages
©
  AIA FILMS

 

 

 

 
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