25-11-2017
 
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PAROLE ET RESISTANCES
La dictature grecque (1967-1974)

documentaire, vidéo, couleur, 80' -  2009 / 10affiche_fr.jpg




Prix du meilleur documentaire
au
London Greek Film Festival 2010

sélections : Los Angeles Greek FIlm Festival 2010, Chicago Greek Film Festival 2011, FogDoc Athènes 2010, Festival du Documentaire grec Xalkida 2010, Rencontres d'Averroes Marseille 2012, XVI. Rencontres Ethnologie et Cinéma de Grenoble 2012, Festival International du Cinéma Mediterranéen Tetouan 2014

sortie : Athènes, 22.3.2010






résumé

Le chauffeur de taxi refusait en silence l'argent de sa course. Athènes, fin juillet 1974. La junte des colonels vient de tomber. Arrivée de l'aéroport, en provenance de Cologne, en Allemagne, ma mère insiste pour payer. Le chauffeur de taxi ne répond pas. "Que ma main dessèche si je prend de l'argent de vous!" prononce-t-il finalement. Il avait reconnu sa voix. Elle avait été une des trois, quatre voix principales de l'émission grecque de la radio internationale allemande "Deutsche Welle", émission diffusée quotidiennement entre 21h40 et 22h40 et écoutée, dans les années sombres de la dictature, clandestinement par presque tous les Grecs.

Parole et Résistances raconte l'aventure de ces quelques hommes et femmes qui l'ont créée et qui, pourchassés et contraints à l'exil par un régime fasciste, se sont battus pendant sept ans pour garder la dignité et rendre l'espoir aux gens.

En dessinant, pour la première fois, clairement le rôle historique qu'ils ont joué pendant et après la dictature et en désignant la place qu'ils occupent encore dans la mémoire collective du pays, bientôt 40 ans plus tard, ce film interroge la puissance de la parole engagée et tente à en redéfinir la nécessité aujourd'hui.



note du réalisateur

Dans ce film sur la célèbre émission grecque de la Deutsche Welle, j'ai essayé de montrer le dilemme devant lequel se trouve la Parole quand elle veut devenir Acte ("praxis"), quand elle veut combler le fossé qui existe inévitablement entre l'éthique poétique et l'exigence politique.




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                        Angelos Maropoulos, Giorgos Kladakis, Danae Koulmasi, Kostas Nikolaou - 1973




avec :

Karolos Papoulias, Président de la Grèce - ancien collaborateur de l'émission
Dora Bakoianni, ancienne maire d'Athènes, Ministre des Affaires étrangères de la Grèce
Giorgos Mangakis, ancien ministre, professeur de Droit, avocat
Thanassis Valtinos, écrivain, Académicien

et les rédacteurs, commentateurs et collaborateurs de l'émission grecque de la Deutsche Welle
pendant la dictature des colonels (1967-1974)


Kostas Nikolaou, fondateur de l'émission - député, vice-président du Parlement Européen
Vassilis Mavridis, avocat
Giorgos Kladakis, ambassadeur
Danae Koulmasi, diplomate, éditrice
Alek Schinas, écrivain
Vassos Mathiopolos, journaliste
Marios Nikolinakos, économiste
Nikos Tsavaras, professeur, Président de l'Association des Psychiatres Grecs
Nikos Mavromatis, avocat





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Kathimerini, Athènes – 19.3.2010

L'émission grecque de la Deutsche Welle a-t-elle marqué les consciences ou est-elle aujourd'hui seulement un souvenir historique ?

La mémoire collective d'une époque n'est pas figée, elle change. Elle est plus que la somme des souvenirs des personnes et groupes qui la constituent. L'émission fait partie de l'histoire aujourd'hui mais son actualité réside dans l'exemple même qu'elle a établi. Ainsi Parole et Résistances interroge la puissance de la parole engagée et tente à en redéfinir la nécessité aujourd'hui. J'ai essayé de montrer le dilemme devant lequel se trouve la Parole quand elle veut devenir Acte ("praxis"), quand elle veut combler le fossé qui existe inévitablement entre l'éthique poétique et l'exigence politique. Il me semble que cela reste d'une grande actualité aujourd'hui.


Où trouvez-vous encore des traces d'une parole engagée et qu'entendez-vous par là? En quoi concerne-t-elle le langage des politiciens? 

Je préfère parler d'une parole critique qui prend position face à la situation historique où elle se trouve. Je comprends par là une parole ouverte, libre de préjugés, clichées et idéologies. Elle peut être amenée à dénoncer mais sa fonction principale est celle d'une force de proposition. C'est ainsi qu'elle peut résister au discours dominant, à la propagande. Mon film ne s'intitule pas Parole et Résistances par hasard, elle parle aussi de la résistance de la parole.
Je ne crois pas que la parole critique ait disparue. Mais elle a du mal à se faire entendre. La raison en est la censure – moins politique que économique – des média qui ont tendance à changer toute pensée en slogan publicitaire. On verra si l'Internet peut constituer une alternative. Il y a aussi une méfiance, une grande déception des gens, les belles paroles des idéologues s'étant révélés peu crédibles. Probablement la deuxième partie de votre question y fait allusion. Les discours des politiciens, leur langue de bois, étant de toute évidence tout contraire d'une parole véritablement engagée.


Quarante ans plus tard, que reste-t-il, selon vous, de la dictature des colonels? Est-ce que tout cela joue encore un rôle dans la vie des gens?


"Le passé n'est pas mort, il n'est même pas passé," dit Faulkner. C'est comme un fleuve souterrain qui émerge quand on s'y attend le moins. Pour répondre d'une autre manière : j'ai froid dans le dos quand j'entends parler des voisins dans l'immeuble ou dans les cafés – et cela m'est arrivé plusieurs fois récemment – de "l'ordre et la sécurité qui régnaient sous la junte". La confusion des esprits est très inquiétante.


Comment abordez-vous dans votre film la révolte de la jeunesse, en décembre 2008?


Mon film se situe au présent, je ne pouvais taire les événements du décembre 2008. Ils ont eu lieu alors que ce film était en tournage. Ils prouvent que nous sommes arrivés à la fin d'un cycle historique. Le système politique et idéologique de la "metapoliteusi" (l'époque après la dictature) a fait faillite. Il m'étonne que l'on s'étonne qu'une partie de la jeunesse à qui on a enlevé toute perspective d'avenir, réagit violemment à la violence que constitue, en dehors du meurtre de l'un d'eux, l'incurie et la corruption des gouvernements depuis trente ans.
Les événements de décembre fonctionnent comme un contre-point lointain. Après le rétablissement de la démocratie – qui est aussi leur mérite -  une partie des collaborateurs de la Deutsche Welle ont gouverné ce pays, d'autres ont occupé de très hauts postes dans les média. Je ne voudrais surtout pas généraliser et parler de la défaite de toute une génération – qui est aussi celle, héroïque, de la révolte de l'École Polytechnique, en novembre 1973 – mais quand je pose la question à tous, dans le film, si la société aujourd'hui ressemble à celle dont ils ont rêvé et pour laquelle ils se sont battu, leur réponse est un non catégorique.





Eleftherotypia, Athènes - 22.3.2010


Comment avez vous choisi votre sujet?

La question de la mémoire collective est présente dans tous mes films documentaires. Certaines époques, lointaines ou proches, ont montré qu'elles croyaient fortement dans la puissance d'une parole critique. Elle se sentaient menacées par elle qu'elle que soit la forme qu'elle revêtit. L'empereur chinois Ts'in Che Hoang déjà fit brûler tous les écrits dans son royaume, livres de médecine et de cuisine exceptés. Plus près de nous, la junte des colonels en avait peur au point de brouiller les émissions de la Deutsche Welle sur son territoire. Aujourd'hui, par contre, à peine une génération plus tard, les hommes et femmes politiques au pouvoir, en Grèce et ailleurs en Europe occidentale, tiennent les journalistes et intellectuels, noyés dans le vide des talk-shows télévisés, non sans raison, pour des gens plutôt inoffensifs. Mon film "Parole et Résistance" interroge la puissance de la parole engagée et tente à en redéfinir la nécessité aujourd'hui.


Mais comment abordez vous le sujet?

Comme déjà dans mon film  Ulrike Marie Meinhof (1994), je suis parti des souvenirs de mes années d'enfance en Allemagne auxquels je confronte la mémoire des collaborateurs de l'émission ainsi que la mémoire collective de l'époque. Ma mère avait été une des trois, quatre voix principales de l'émission grecque de la radio internationale allemande "Deutsche Welle", émission diffusée quotidiennement entre 21h40 et 22h40 et écoutée, dans les années sombres de la dictature, clandestinement par tant de Grecs. J'ai utilisé plusieurs supports : le super 8 pour mes souvenirs personnelles; le 16mm noir et blanc des archives cinématographiques ou télévisuelles sur lequel j'interviens par contre graphiquement (changement de couleurs, de vitesse, de grain de l'image, des fréquences du son etc.); la vidéo pour les entretiens avec les personnages. L'idée était de créer un espace où les différents souvenirs seraient liés au présent pour construire une véritable mémoire de l'histoire de ces années-là.


Comment décririez-vous votre film?

C'est un film qui cherche à raconter l'histoire – des hommes et des femme qui ont combattu la dictature avec la parole engagée – de manière à ce qu'on comprenne son actualité aujourd'hui. Elle englobe la révolte de la jeunesse grecque, en décembre 2008, comme un lointain contre-point, car elle reflète et éclaire le désenchantement politique et l'absence de références et idéaux qui menacent aujourd'hui les consciences ; situation qui a amené une grande partie des jeunes à se révolter. J'ai essayé de montrer le dilemme devant lequel se trouve la Parole quand elle veut devenir Acte ("praxis"), quand elle veut combler le fossé qui existe inévitablement entre l'éthique poétique et l'exigence politique. C'était d'une actualité brûlante à l'époque mais reste valable aujourd'hui. Mon film s'adresse surtout aux jeunes.


Ce film retrace les mémoires d'enfance à travers lesquels le réalisateur éclaire l'Histoire avec une grande maitrise cinématographique. Il cherche des réponses à la question cruciale du sens de la parole engagée, mais aussi de l'attitude personnelle de chacun aujourd'hui vis-à-vis de ses luttes du passé.

Avgi, 24.3.2010



Un film esthétique, des images parfois floues, souvent noir et blancs. La parole y a du poids. "Je m'adresse aux jeunes", explique Timon Koulmasis. Il n'y a plus de dictature dans son pays (la Grèce) mais une génération plus tard la parole critique s'est perdue et les puissances politique et économique tentent de convaincre la jeunesse que l'espoir même d'un autre monde est impossible.

Frankfurter Allgemeine Zeitung, 25.3.2010



Une voix d'espoir en des temps obscurs!

Süddeutsche Zeitung, 22.3.2010




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L'émission grecque de la Deutsche Welle a constitué une ligne de défense contre les opinions fascistes, contre les idéologies fascisantes qui se développaient en Grèce, et également contre cette langue que le régime militaire grecque avait commencée à utiliser. A posteriori, il me semble que cela a été une grande contribution à la lutte contre la "fascisation" du pays, c.a.d. la défense contre la langue corrompue, la langue fasciste que le régime militaire a utilisée avec sa rhétorique bien connue.
Nikos Tzavaras






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Dès le premier instant, "qu’est-ce qu’on fait maintenant?", une activité s'est développé, dont la première étape de lutte était d'activer la parole. La parole est la force génératrice. Quand la parole est la pensée, la position idéologique, la conscience… 
 Georgios A. Mangakis




souvenir

C'est le privilège du regard de l'enfant que de fixer, dans la mémoire, les hommes et les lieux selon un ordre arbitraire, discontinu, sans enchaînement des causes et des effets. De livrer les souvenirs spontanément, sans souci de vraisemblance, sans chercher un sens à l'histoire, aux histoires.

Commençons alors, juste un instant, par là. Par le vaste salon de notre maison ouvrant sur un petit jardin que surplombe le vieux cerisier. Les vitres battues par sa floraison très blanche. Sur le canapé, autour de la table basse, les collègues de ma mère - non, il faudra dire les amis. Collègues ils ne l'étaient que dans les bureaux un peu miteux du centre-ville de Cologne dont les murs était couverts d'affiches et de tracts, collègues ils étaient peut-être au café adjacent où pendant les pauses ils mangeaient un "Krokanteis", une glace aux éclats de caramel, en compagnie d'un malheureux perroquet muet, captif dans un décor de plantes et de lumière artificielles ; chez nous, à la maison, ils étaient les amis.

Ils sont jeunes, ils sont drôles avec leur petit ou gros accent en allemand, joyeux, vifs et bruyants, ils parlent sans arrêt, chantent souvent (la mélancolie les gagne alors parfois, mais ils gardent l'espoir, l'enfant que j'étais ne s'y trompe pas), discutent toujours, se disputent sans cesse. Ils jouent aux cartes, certains vont au casino (ce que mon père, plus âgé qu'eux, désapprouve au plus haut point), y perdent bien évidemment le plus souvent. Qu'importe ? Les années sont difficiles...
Ils ne rêvent que de liberté et de retour au pays. Et ils sont adorables avec nous, les enfants que finalement ils verront grandir, loin de leur patrie, en Allemagne, pays qui leur reste, pour la plupart, étranger...

Images, muettes encore, leurs visages apparaissent et disparaissent dans mon souvenir : Vassilis, d'abord, celui que nous, les enfants, préférons, petit bonhomme chauve, une sorte d'Ulysse immémorial toujours en mouvement, le verbe, le geste en explosion permanente. Puis Giorgos, le géant taciturne à la voix de tonnerre (quand il parle...), chevelure et barbe noire. Ses yeux impénétrables scintillent dangereusement. Alek, voix rauque, éclats de rire, toujours caché derrière un épais nuage de fumée - mais ils fument tous comme des pompiers. Puis Angelos, sosie improbable de Lénine, avec sa barbe de bouc et ses yeux inquiets et inquiétants. Kostas, éternelle veste de cuir blanche, moulant, est adepte de jeux de mots entre les deux langues qu'il est le seul à comprendre. Et Karolos, les autres...

Le regard d'enfant est injuste, cruel -et nous l'abandonnons ici-, mais il nous rappelle que derrière les masques que la postérité met sur les visages des vilains et des héros, existent des hommes et des femmes en chair et en os. Que c'est eux qui écrivent l'histoire.
Et ce sont ces hommes et femmes là, immobilisés un instant dans mon souvenir sur le canapé dans notre salon, comme sur une photo instantanée, qui ont écrit, entre 1969 et 1974, les pages glorieuses de cette émission.

Timon Koulmasis


L'analyse du film de Iannis Leondaris (professeur à l'université Aristoteleion, Thessalonique, Grèce)


ΛΟΓΟΣ ΚΑΙ ΑΝΤΙΣΤΑΣΗ του Τίμωνα Κουλμάση

Στο θεμελιώδες έργο του, Κινηματογράφος και Ιστορία, ο ιστορικός του κινηματογράφου Marc Ferro παρατηρεί: “η κινηματογραφική ταινία, εικόνα ή όχι, της πραγματικότητας, τεκμήριο ή μυθοπλασία, αυθεντική ιστορία ή επινοημένη αφήγηση, είναι Ιστορία. (...) οι δοξασίες, οι προθέσεις, και το φαντασιακό των ανθρώπων, είναι εξίσου Ιστορία όσο και η Ιστορία”. Η ταινία «Λόγος και Αντίσταση» του Τίμωνα Κουλμάση που θα παρακολουθήσουμε απόψε επαληθεύει πλήρως την άποψη του Ferro. Είναι κυρίως μια ταινία με θέμα το ρόλο και την προσφορά της Ντόιτσε Βέλλε στα χρόνια της δικτατορίας. Είναι όμως και μια ταινία πάνω στη συλλογική μνήμη, ένα καλλιτεχνικό έργο που θέτει ερωτήματα πάνω στη σχέση κινηματογράφου και συλλογικής μνήμης.  Είναι γεγονός ότι η έλευση του κινηματογράφου κλόνισε και επαναπροσδιόρισε τη σχέση του ανθρώπου με την εικόνα του παρελθόντος παρέχοντάς του ένα αβέβαιο και συνάμα εξαιρετικά αληθοφανές τεκμήριο μνήμης: την καταγεγραμμένη κινούμενη εικόνα. Η ιστορική επιστήμη ανανεώνει διαρκώς τον προβληματισμό της γύρω από την αξιολόγηση του ρόλου και της επίδρασης της κινηματογραφικής εικόνας στην διαμόρφωση της συλλογικής μνήμης. Ο προβληματισμός αυτός αφορά καταρχήν στις ταινίες τεκμηρίωσης (ιστορικά ντοκιμαντέρ, κινηματογραφικά επίκαιρα), πολύ γρήγορα όμως αρχίζει να περιλαμβάνει και τη μελέτη των ταινιών μυθοπλασίας. 

Κι αν η εικόνα, όπως την ξέραμε μέχρι σήμερα έχει χάσει το αυταπόδεικτο κύρος της καθώς τα πάντα πλέον μπορούν να κατασκευαστούν με ψηφιακά μέσα, καθώς κάθε εικόνα σήμερα είναι πιθανή, τι είναι αυτό που μένει όρθιο; Ο Τίμων Κουλμάσης απάντά με τον τίτλο και το περιεχόμενο της ταινίας του: ο Λόγος. Ο λόγος – με κεφαλαίο ή μικρό λάμδα  είναι – αν όχι ο κυριότερος – ένας από τους πιο πιστούς συντρόφους της αντίστασης. Για τον Κουλμάση ωστόσο αυτό δεν είναι αξίωμα αλλά ανοιχτό ερώτημα, θα τολμούσα μάλιστα να πω: δίλημμα. Το δίλημμα που τίθεται σε κάθε ελεύθερο άνθρωπο σε καιρούς τυραννίας ανάμεσα στον στρατευμένο λόγο και την ένοπλη αντίσταση. Η ταινία του Τίμωνα, είναι μια ταινία γεμάτη λόγο. Πρόκειται για επιλογή αυτονόητη, καθώς η Ντόλτσε Βέλλε χρησιμοποιεί στα χρόνια της δικτατορίας το λόγο, ως μοναδικό της όπλο απέναντι σε ένα τρομοκρατικό καθεστώς που όπως εύστοχα επισημαίνεται στην ταινία, εκτός από τους ανθρώπους, κακοποιεί το λόγο. Η δικτατορία σκοτώνει το λόγο είτε επιβάλλοντας σιωπή, είτε παραμορφώνοντας τη ζωντανή ελληνική γλώσσα. Ωστόσο, στην ταινία που θα παρακολουθήσετε, ο λόγος σιγά σιγά μεταμορφώνεται σε εικόνα, ο λόγος είναι η μοναδική καθαρή εικόνα που μένει να πιστέψουμε. Τα πρόσωπα των ανθρώπων που είχαν και έχουν το θάρρος της γνώμης τους απέναντι σε οποιαδήποτε μορφή κρατικής βίας είτε κράτησαν είτε δεν κράτησαν όπλο στα χέρια τους όταν χρειάστηκε να αντισταθούν, γίνονται μέσα στην ταινία, πορτρέτα εναργή, με καθαρό περίγραμμα και δύναμη, με δυναμική που ελπίζω ότι μετακινείται και προς τη μεριά του θεατή.

Αποτελεί λοιπόν η ταινία του Κουλμάση μια «αντικειμενική» καταγραφή του ρόλου και της προσφοράς της Ντόλτσε Βέλε στον αντιδικτατορικό αγώνα; Ο Κουλμάσης γνωρίζει καλά ότι κάθε ντοκιμαντέρ είναι μια προσωπική αφήγηση, μια μυθοπλασία με άλλα μέσα. Όπως λέει και ο ίδιος «μνήμη αντικειμενική δεν υπάρχει».

Η παρουσία της Ντόλτσε βέλλε κατά τη διάρκεια της δικτατορίας είναι ένα ιστορικό γεγονός. Ωστόσο, τα ιστορικά γεγονότα δε μιλούν από μόνα τους. Όπως επισημαίνει ένας σημαντικός έλληνας ντοκιμαντερίστας, ο Φώτος Λαμπρινός, το ίδιο και «οι εικόνες εκ του φυσικού» δεν συνιστούν αυτονόητη απόδειξη ή μαρτυρία. Εξαρτώνται και αυτές από τη χρήση τους, από τον τρόπο που ο ιστορικός θα τις αξιολογήσει, κατατάξει, συνπροσδιορίσει.Αν λοιπόν τα γεγονότα είναι σακιά που παίρνουν σχήμα ανάλογα με τα αντικείμενα που τοποθετούμε μέσα τους, τα τεκμήρια τι είναι; Μήπως αυτά είναι τα αντικείμενα; Τα τεκμήρια είναι πράγματι τα αντικείμενα, τα οποία όμως δεν έχουν σχήμα ούτε μορφή οριστική και τελεσίδικη.»

Ο Κουλμάσης ανιχνεύει τα τεκμήρια γνωρίζοντας ότι το σχήμα τους δεν είναι τελεσίδικο. Δεν κρατά όμως για τον εαυτό του το ρόλο ενός ουδέτερου παρατηρητή: ανιχνεύει λοιπόν στο σήμερα, τα πρόσωπα και τις φωνές των ανθρώπων που θυμάται να συζητούν για ώρες τα βράδια στο πατρικό του σπίτι στη Γερμανία στα χρόνια της δικτατορίας. Ψάχνει το νήμα που συνδέει τα λόγια που έφταναν θολά στην παιδική αντίληψη με το λόγο της αντίστασης μέσα από τις συχνότητες της Ντόιτσε Βέλε και το σημερινό αφηγηματικό λόγο των πρωταγωνιστών της ταινίας του. Η ατομική μνήμη του σκηνοθέτη γίνεται εδώ η πρώτη ύλη για την τροφοδότηση της συλλογικής μνήμης.

Αν δεχτούμε ότι συλλογική μνήμη είναι «αυτό που οι ομάδες δημιουργούν με το παρελθόν τους»θα πρέπει να αναρωτηθούμε βλέποντας την ταινία Λόγος και Αντίσταση, με ποιο τρόπο η συλλογική μνήμη συνδιαλέγεται με την κινηματογραφική εικόνα. Ο Κουλμάσης επιλέγει μια λύση απλή και αποτελεσματική. Τοποθετεί τα πρόσωπα της ταινίας του το ένα απέναντι στο άλλο σαν μάρτυρες ενός γεγονότος οι οποίοι εξετάζονται κατ’αντιπαράσταση. Κατασκευάζει ένα πολυφωνικό παιχνίδι συνεντεύξεων. Το μοντάζ του είναι σκληρό και αποκαλυπτικό. Εναλλαγές προσώπων, εναλλαγές λόγου. Μπροστά στα μάτια μας αναδύεται ατόφια η ιστορική αφήγηση ως διαλεκτική, ως «αγώνας λόγων». Ακριβώς γι’ αυτό γινεται συναρπαστική. Ο θεατής ακούει απόψεις που διίστανται, απόψεις που συγκλίνουν. Ο Κουλμάσης αναπαράγει με τον τρόπο αυτό την αίσθηση που έχει ένα μικρό παιδί όταν ακούει τους ενήλικες να συζητούν, να συμφωνούν, να διαφωνούν. Κανένα υποκειμενικό σχόλιο. Ο αφηγητής της ταινίας αντιστέκεται στον πειρασμό του σχολιασμού, του συμπεράσματος. Αφήνει όλα τα ερωτήματα ανοιχτά. Αναθέτει το καθήκον της «γνώμης» στον ίδιο το θεατή; Είναι ο λόγος όπλο αντίστασης; Μέχρι ποιο σημείο; Ποιος ο ρόλος του ένοπλου αγώνα ενάντια σε μια δικτατορία; Τι σημαίνει εντέλει «αντιστέκομαι»;  

Το 1977, ο ιταλός ανθρωπολόγος Alessandro Triulzi κάνει έκκληση για έρευνα πάνω σε τεκμήρια μνήμης τα οποία έχουν διαφύγει από τον έλεγχο της πολιτικής εξουσίας. Ως τέτοια, θεωρεί «τις οικογενειακές αναμνήσεις, τις τοπικές ιστορίες, τις ιστορίες των οικογενειών, των χωριών, τις προσωπικές αναμνήσεις, σε ολόκληρο αυτό το τεράστιο πλέγμα μη επίσημων, μη θεσμοποιημένων, γνώσεων που δεν έχουν ακόμη αποκρυσταλλωθεί σε τυπικές παραδόσεις και αντιπροσωπεύουν κατά ένα τρόπο τη συλλογική συνείδηση ολόκληρων ομάδων ή ατόμων»

Είναι καιρός νομίζω, οι έλληνες ντοκιμαντερίστες να επαναπροσεγγίσουν ζητήματα της πρόσφατης ιστορίας μας «παντρεύοντάς» τα με την προσωπική τους μνήμη, ιδίως από το 1960 και ύστερα, με νηφαλιότητα, μακριά από ιδεολογήματα αλλά και από τον κίνδυνο της απο-ιδεολογικοποίησης, με αυτόν ακριβώς το στόχο: τη συμβολή του κινηματογράφου, μέσω του προσωπικού βλέμματος του κάθε σκηνοθέτη, σε αυτό που ονομάζουμε συλλογική μνήμη. Προς αυτή την κατεύθυνση, η ταινία Λόγος και Αντίσταση που θα παρακολουθήσουμε - ακριβώς επειδή έχει τα χαρακτηριστικά μιας προσωπικής αφήγησης -  αποτελεί ένα από τα πιο πειστικά παραδείγματα/εργαλεία για τη δυνατότητα της διδασκαλίας – επιτέλους! - στη Μέση Εκπαίδευση, της πρόσφατης ελληνικής ιστορίας, μέσω του κινηματογράφου, ως μέρος μιας αφήγησης, μιας ζωντανής δηλαδή συλλογικής μνήμης και όχι μιας συλλογικής μνήμης των στερεοτύπων και των ιδεολογημάτων. Άλλωστε φαίνεται πως η ιστορική αφήγηση μόνον όταν δεν κρύβει τον υποκειμενικό χαρακτήρα της υπηρετεί τον άνθρωπο και όχι την υστεροφημία της εξουσίας.

Γιάννης Λεοντάρης – Μάρτιος 2010


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scénario et réalisation
  Timon Koulmasis
image
  Iro Siafliaki
montage   Aurique Delannoy
musique originale 
  Timon Koulmasis
musiques additionnelles   Mikis Theodorakis, Iannis Markopoulos
directrice de production
  Bonita Papastathi
producteur   Timon Koulmasis
production
  TK FILMS, EKK, ERT, AIA FILMS






 
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